Communiqué de Paul Néaoutyine

AUX CITOYENS DE KANAKY NOUVELLE-CALÉDONIE

À la suite des propos que j’ai tenus lors de l’assemblée de province du 28 janvier dernier et au regard de l’instrumentalisation qui en a été faite visant à faire croire que je n’aurais jamais exprimé d’opposition aux accords Bougival-Élysée-Oudinot, je réitère publiquement et clairement comme je l’ai fait dans le quotidien Le Monde mon opposition à ces accords qui officialisent un fédéralisme interne et externe, ouvrent la voie à la partition du pays, marquent une rupture et un recul par rapport à l’Accord de Nouméa et ferment la porte à la pleine souveraineté, base sur laquelle des partenariats peuvent ensuite être négociés.

Je sors de mon silence aujourd’hui, dans le contexte du passage prochain de la loi constitutionnelle devant l’Assemblée nationale et le Sénat visant à installer l’accord dit de Bougival-Élysée-Oudinot dont l’impact négatif sur nos populations notamment celles des provinces nord et îles et sur les communes concernées est prévisible.

Je rappelle que j’ai négocié au nom du FLNKS et obtenu de Jacques Chirac en 2003 à Koné que soit inscrit à l’ordre du jour du Congrès de Versailles le gel du corps électoral aujourd’hui rendu glissant par les négociateurs des accords de Bougival-Élysée-Oudinot conformément au desirata des Loyalistes dans l’objectif non dissimulé de mettre en œuvre, au prétexte d’attractivité économique, une nouvelle version de colonisation de peuplement.

J’affirme que ces accords ne conduisent pas à la pleine souveraineté, mais qu’ils ancrent notre pays dans l’ensemble français de façon pérenne comme indiqué en toutes lettres dans les publications officielles. Par ailleurs, la création d’un « état » de la Nouvelle-Calédonie inclus dans la France et subordonné à l’état français et à ses intérêts propres est aux antipodes de la pleine souveraineté pour laquelle notre peuple a lutté. Une sous-nationalité calédonienne subalterne que l’on peut perdre si l’on renonce à la nationalité française illustre sans équivoque le maintien pérenne de notre pays au sein de la république française.

Je ne vois pas où il y aurait continuité avec l’accord de Nouméa lorsque ceux de Bougival-Élysée-Oudinot priment sur celui de Nouméa puisqu’ils stipulent que: « les dispositions de l’accord de Nouméa qui ne sont pas contraires à présent accord demeurent en vigueur ». C’est donc l’aveu indirect qu’il y a des dispositions des accords de Bougival-Élysée-Oudinot qui sont contraires à celles de l’accord de Nouméa. Je constate – le diable est dans les détails- que les nouveaux accords se réfèrent au Préambule de l’accord de Nouméa, mais pas au Document d’orientation qui pourtant fait également partie du bloc de constitutionnalité. 

Je note que le transfert des relations extérieures à la Nouvelle-Calédonie s’inscrit dans la limite des intérêts stratégiques de la France et que les multiples verrous mis au reste des transferts de compétences, couplés à un corps électoral glissant et à une augmentation de la représentation de la province Sud au Congrès au détriment de celles du Nord et des Îles rendent l’accès à la pleine souveraineté (non mentionnée dans les accords de B-E-O.) inaccessible.

Mon parti, le Palika, et l’UNI que j’ai fondée en 1995 ont toujours combattu la volonté des non- indépendantistes d’en finir avec la clé de répartition, garantie du rééquilibrage. Avec l’attribution de la compétence fiscale, sans éclairage sur les modalités de solidarité entre collectivité renvoyées à une loi organique future dont on ne sait rien encore, la province sud où se trouve la plupart de l’activité économique drainerait à son profit la plus grosse partie des recettes fiscales au détriment des provinces Nord et Îles, accentuant ainsi le développement inégal du pays hérité de la colonisation et brouillant la stabilité et la visibilité économique qu’elle prétend rechercher. Ainsi seraient posées les fondations de l’hyperprovincialisation et de la partition du pays.

Enfin la possibilité de créer une police provinciale dont on imagine qu’elle pourrait devenir une sorte d’ICE façon Trump, une milice anti-Kanak aux ordres d’une politique discriminatoire fait peser sur l’avenir du pays une menace inquiétante.

Ce n’est pas dans l’optique d’une partition ou d’une ségrégation que je conçois l’avenir du pays, le vivre ensemble de tous nos concitoyens et notre souveraineté dans un destin commun décolonisé.