• Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Un caillou dans la chaussure
C’est le dernier film de Mehdi Lallaoui avec des interviews de Brenda, Christian, Dimitri et Guillaume, qui présentent leurs conditions d’arrestations et de détentions en France. Ils reviennent également sur leur lutte et sur leurs revendications, sur l’insurrection du 13 mai 2024 et ses suites. Nous avons avancé 1 000 € pour les frais de montage, prêt qui doit nous revenir avec les recettes à venir du film.

• Participation de l’AISDPK au 40 ans de soutien aux Kanak au CICP
Dans le cadre du Festival des Solidarités – FESTISOL, le MKF (Mouvement des Kanak en France) avec le soutien du CICP (Centre international de culture populaire) a organisé le 17 novembre 2025, une « Inauguration art kanak – Célébrer 40 ans de solidarité avec Kanaky au CICP », afin de célébrer 40 ans de solidarité avec le peuple kanak au CIC. Kuanene Wea, artiste et militant, président du Mouvement des Kanak en France a offert la sculpture d’une flèche faîtière installée dans ce centre dédié à la solidarité internationale visible de tous dans le puits de lumière qui illumine le hall du CICP et les escaliers. Elle témoigne de l’intensité et de l’ancienneté des liens entre les Kanak en lutte et le mouvement de soutien des années 1980-1990 à aujourd’hui. L’AISDPK, qui a initié le soutien aux Kanak en ces lieux en 1985, à l’époque au 14 rue de Nanteuil (Paris 15e), premier siège officiel de l’association après le dépôt de ses nouveaux statuts en 1985, était représentée en l’absence de ces deux co-président·es par Marie-Jeanne Kosmann qui a parlé en notre nom. Voici l’intervention faite élaborée par Isabelle et Marie-Jeanne :

« Créée en 1981, l’AISDPK rassemble sans exclusive des individus de sensibilités diverses, des organisations politiques, syndicales, tiers-mondistes et des militants dénonçant l’oppression coloniale de la France. Les statuts de l’AISDPK, c’est : “mettre en évidence le droit du peuple kanak, le bien fondé des revendications indépendantistes (souveraineté, autodétermination), promouvoir toutes les initiatives d’information et de soutien”. L’assemblée générale constitutive du 21/04/1985 déjà au CICP (rue de Nanteuil) a voté les nouveaux statuts et règlement intérieur intégrant les comités locaux dans le comité national.
Le travail de l’AISDPK c’est l’information et le soutien. Notons à titre d’exemples :
– Réunion publique du 18/12/1984 avec le député Rock Pidjot, Octave Togna, HnalaïneUregei, – Conférence de presse à l’AGECA du 14/01/1985 et manifestation du Panthéon à Matignon après l’assassinat d’Eloi Machoro et Marcel Nonnaro
– Meeting du 29/01/1985 à Balard,
– Soutien aux prisonniers kanak à Nouméa : rassemblement au ministère de la justice sur les conditions de détention et intervention auprès du ministre
– Journée internationale de solidarité avec le FLNKS du 20/04/1985
– Rassemblement place de l’observatoire et conférence de presse suite aux émeutes anti-indépendantistes de Nouméa
– Manifestation de solidarité à l’appel du FLNKS, organisée par l’AISDPK, de nation à République, rassemblant de nombreuses organisations dont le SNES (FEN), la CGT, URP CFDT, le CEDETIM, CODENE, MRAP, PCF etc…Un immense drapeau kanak est porté par les camarades kanak à travers les rues de Paris.

L’AISDPK a été aux côtés du peuple kanak, victime des exactions coloniales et anti-indépendantistes pendant les années 1981-1989, années rythmées par les assassinats de militants Pierre Declercq, Éloi Machoro, Marcel Nonnaro, les 10 de Hienghène du 5/12/1984 et bien d’autres lors des attaques et opérations anti-indépendantistes soutenues et organisées par Bernard Pons, ministre des DOM TOM de mars 1986 à mai 1988. L’AISDPK a été solidaire du peuple kanak lors de l’assaut de la grotte d’Ouvéa et des exécutions sommaires de 19 kanak par l’armée française. Elle a organisé une manifestation interdite à Charonne après Ouvéa.
L’AISDPK a participé avec le comité des familles et Jimmy Ounei, et les groupes locaux, au soutien matériel et moral des prisonniers kanak déportés en France.

L’information, la diffusion de documents, d’ouvrages, l’organisation de conférences, l’édition de badges avec le drapeau kanak, etc., de tee-shirts avec le dessin de Siné, de cartes postales ont permis de récupérer des ressources pour le soutien des luttes kanak.
Les accords Matignon Oudinot, résultats de pression et de menaces, négociés dans l’urgence et sous contrainte ont été l’occasion d’un vif débat au sein de l’AISDPK comme au pays.
L’AISDPK s’est clairement positionnée aux côtés du peuple en lutte pour l’indépendance et contre la violence coloniale.
Malgré les lois d’amnistie, nous n’oublions pas nos camarades tombés parmi tant d’autres : Jean-Marie Tjibaou, Yeiwéné Yeiwéné, Djubelli Wea. Nous réclamons justice avec le comité de soutien aux prisonniers kanak pour ceux qui ont été assassinés en 2024. En sommeil après 1999, l’AISDPK s’est remobilisée en mars 2017 après le 1er référendum, avec la création du blog AISDPK-KANAKY sur mediapart, pour avoir une plus grande visibilité et donner des éléments de compréhension et d’analyse avant le référendum de 2018 (60 abonnés, 82 billets, 19 événements). Un rassemblement devant le musée de l’immigration s’est tenu. En 2024, les statuts ont été réactualisés, Isabelle Leblic et Mehdi Lallaoui sont les deux co-présidents, Anne Tristan est secrétaire, Philippe Daguerre trésorier. Sur le site internet, une cagnotte de solidarité pour les prisonniers politiques déportés en France avec les dons directs sur le compte bancaire pour un total de 30393 euros sont redistribués aux prisonniers pour les frais d’avocat, l’aide mensuelle et une contribution aux billets de retour. Depuis juin 2024, Isabelle Leblic et Mehdi Lallaoui participent à de nombreuses réunions publiques, projections et débats. Les interventions des prisonniers politiques kanak libérés sont disponibles sur le blog. Hier l’AISDPK avec nos camarades disparus (Jean-Jacques De Félice ancien président, Bernard Riguet, Alain Vautour, René Renaudin…) soutenait les droits du peuple kanak. Aujourd’hui nous sommes toujours à vos côtés.
L’AISDPK remercie les camarades kanak du MKF et Daniel Wea de leur invitation à cette initiative de solidarité.
Kanaky vivra, Kanaky vaincra. »
Petit compte rendu Étaient présents, le FLNKS, le MKF, des militants kanak, les militants kanak récemment libérés suite à la répression de 2024-2025, Sylvain du CICP, Bernard Dréano, président du CEDETIM et fondateur du CICP en 1976, Mina Kerfi de l’USTKE et du collectif Kanaky-Solidarité, et l’AISDPK.
Nombreux, rassemblés dans le hall, plusieurs générations étaient présentes, ceux et celles des luttes de 1980-1990 et ceux et celles du soutien aux Kanak aujourd’hui, et aux luttes contre l’impérialisme, des syndicalistes et des membres d’associations présentes au CICP.
La coutume kanak est l’expression de ce lien forgé dans la lutte et la solidarité.
Plusieurs prises de parole :
– Kuanene Wea évoque les liens entre la culture kanak et le soutien, « maintenir la solidarité pour Kanaky en France, c’est préserver et faire vivre les liens que nos anciens ont patiemment construits au fil des années afin de donner une visibilité de notre combat au niveau international ».
– Bernard Dréano relate les origines du CICP et la permanence de son engagement aux côtés des luttes, de la rue de Nanteuil à la rue Voltaire, le travail en commun avec des camarades du soutien aux luttes kanak, il cite le travail de Mehdi qui n’a pu être présent, ses films relayant l’histoire de Kanaky.
– Mina Kherfi se souvient que le CICP a toujours ouvert ses portes aux luttes et aux représentants kanak, que les « papas et les mamans » qui ont été les moteurs de la résistance, au pays ou ici, sont toujours présents dans nos mémoires et que la lutte continue avec les nouvelles générations.
– Marie-Jeanne Kosmann a retracé pour l’AISDPK son parcours ancien avec le CICP pendant 25 ans. Nous avons été accueillis dans ces lieux dès sa constitution officielle de 1985 (rappelons que l’AISDPK avait été créée en 1981), pour la lutte contre les exactions coloniales de l’État français, pour le soutien matériel et moral au peuple opprimé, pour l’organisation des manifestations, aux côtés des camarades déportés en France, hier après Ouvéa, avec le comité des familles et Jimmy Ouneï et aujourd’hui avec ceux de la répression en 2024-2025. Aujourd’hui, l’AISDPK soutient toujours matériellement les Kanak en lutte contre le mépris et la répression coloniale. Comme le soulignait Christian Tein qui était aussi présent, dans les jours qui viennent, les Kanak auront besoin du soutien de tous, face aux luttes qui viennent, contre le mépris colonial et pour accéder à la pleine souveraineté de Kanaky. • Les prisonniers enfin libérés et autorisés à rentrer au pays
Isabelle Leblic avait rencontré en Corse fin septembre, à l’occasion des journées organisées par l’associu scopre, « une décolonisation inachevée ? », Ghislaine et José Bové qui avaient proposé de verser à l’AISDPK des sommes reçues et non dépensées pour le soutien au Kanak. C’est chose faite. L’APAL Larzac (Association pour la Promotion de l’Agriculture sur le Larzac) a fait un virement de 5 000 € pour aider les prisonniers et leur défense. Nous les en remercions.
Suite à la libération de tous les prisonniers politique kanak de la CCAT, seule Frédérique Muliawa était rentrée au pays courant juin et nous avons aidé à son retour (800 €, soit la moitié) sur les fonds collectés. Puis ce sont Christian Tein, Dimitri Qenegei et Guillaume Vama qui sont rentrés fin 2025 et qui ont reçu chacun la même aide. Trois sont toujours en France, avec des difficultés financières importantes et le départ de l’un d’entre eux est prévu courant mars (aide déjà reçue). Nous avons continué à leur verser les 150 € mensuels à ceux toujours en France, avec selon les demandes des aides ponctuelles pour faire face à certaines urgences car cela est loin de suffire pour se nourrir et se loger et faire face aux dépenses minimales. Aujourd’hui, nous avons donc déjà versé cinq aides au retour (4 000 €).